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Achat de cheval : comment sécuriser juridiquement votre acquisition

  • 13 mai
  • 7 min de lecture

Par Elodie Kassem, avocate en droit équin

 

L’achat d’un cheval commence souvent par un coup de cœur. Le cheval semble correspondre, le contact s’établit, et la décision s’accélère. Dans cet élan, certaines vérifications essentielles sont parfois mises de côté, avec des conséquences qui peuvent être lourdes.

Voici les précautions à prendre avant de signer.


Les documents à vérifier avant d’acheter


L’identité du vendeur et la propriété du cheval

Vérifiez que le vendeur est bien le propriétaire inscrit au fichier SIRE. Un cheval peut être détenu par une personne qui n’en est pas le propriétaire (entraîneur, intermédiaire) et une vente conclue avec un non-propriétaire est une vente a non domino, susceptible d’être remise en cause.


Demandez systématiquement la carte d’immatriculation du cheval : c’est ce document qui mentionne le propriétaire enregistré. Vérifiez que le nom figurant sur la carte correspond bien à celui de la personne qui vous vend le cheval.


L’inscription au SIRE crée une présomption de propriété : c’est à celui qui la conteste d’en rapporter la preuve contraire (Cass. Civ., 14 novembre 2024, n° 23-16.221).


L’identification du cheval

Vérifiez que le cheval présenté correspond bien au signalement figurant sur son document d’identification, afin d’éviter toute substitution.


Le document d’identification

Le document d’identification doit être à jour, notamment en ce qui concerne les vaccinations et les traitements médicamenteux administrés.


Le contrat écrit

La vente est un contrat consensuel : il se forme par le seul accord des parties sur la chose et sur le prix, sans qu’aucun écrit ne soit nécessaire. Mais en l’absence d’écrit, la preuve devient plus difficile à rapporter en cas de litige.


Le contrat écrit permet de fixer l’identité complète des parties et du cheval, le prix et les modalités de paiement, l’usage auquel le cheval est destiné, les conditions de la visite vétérinaire et de la période d’essai éventuelle, et les garanties accordées par le vendeur.


Un modèle de contrat est disponible gratuitement auprès de l’Institut du Droit Équin : https://www.institut-droit-equin.fr/Contrat-de-vente_117


La destination du cheval

C’est l’un des points les plus importants, et l’un des plus négligés.

Dans le cadre de la garantie des vices cachés, c’est au regard de la destination convenue que le juge apprécie si le défaut allégué rend l’animal impropre à l’usage prévu. Quelle que soit la destination envisagée, stipulez-la expressément dans le contrat et précisez si les parties entendent ou non soumettre la vente à la garantie des vices cachés, plutôt que de laisser cette question à l’appréciation ultérieure du juge.

Sans destination précisée, l’action de l’acheteur est fragilisée dès le départ.


Le Tribunal judiciaire de Béziers a ainsi débouté un acheteur qui réclamait la résolution de la vente d’un cheval lusitanien de 20 000 euros présentant un conflit de processus épineux : le contrat ne mentionnait pas la destination sportive, aucune pièce ne la corroborait, et l’expertise concluait à un usage de loisir (TJ Béziers, 19 janvier 2026, n° 25/01983).


La destination peut également jouer un rôle dans l’appréciation du dol.

La Cour d’appel de Caen a ainsi annulé la vente d’un cheval de 55 000 euros destiné à intégrer l’équipe de France junior de saut d’obstacles, car le vendeur professionnel n’avait pas informé l’acheteur d’une opération chirurgicale de l’intestin grêle subie quatre ans plus tôt. Un an après la vente, le cheval a dû être euthanasié suite à une paralysie intestinale, conséquence directe de cette intervention. Le dol a été retenu : si l’acheteur avait eu connaissance de cet antécédent, il n’aurait pas contracté dans les mêmes conditions (CA Caen, 14 juin 2016).


La visite vétérinaire d’achat

La visite vétérinaire d’achat n’est pas imposée par le droit commun de la vente. Certains acheteurs s’en dispensent par confiance envers le vendeur, par économie, ou parce que le cheval leur a été présenté comme sain et récemment examiné. C’est une erreur.


Il est important est de choisir son propre vétérinaire, indépendant du vendeur. La visite doit être adaptée à l’usage prévu et le vétérinaire doit se prononcer sur l’aptitude de l’animal à la discipline envisagée, pas seulement sur son état de santé général.

Un rapport mentionnant des anomalies ou des réserves doit conduire l’acheteur à s’interroger, à négocier le prix, à demander des examens complémentaires, ou à renoncer à l’achat.

Acheter en connaissance d’un risque signalé par le vétérinaire, c’est l’accepter.


La Cour d’appel d’Aix-en-Provence a ainsi rejeté la demande en résolution d’une acheteuse dont le certificat de visite vétérinaire faisait état de fortes réserves pour un usage sportif intense. Celle-ci avait accepté la livraison sans avoir préalablement obtenu communication des résultats complets (CA Aix-en-Provence, 5 janvier 2016, n° 14/22104).


Plus récemment, la Cour d’appel de Lyon a débouté des acheteurs professionnels dont le vétérinaire avait conclu à un risque modéré pour l’usage en CSO envisagé et leur avait expressément proposé des investigations complémentaires. En n’y donnant pas suite, et alors qu’une vidéo leur avait montré le cheval trébucher en piste, ils avaient accepté ce risque et ne pouvaient plus l’invoquer (CA Lyon, 3 septembre 2024, n° 22/05993).


Conservez systématiquement le rapport de visite, les radiographies, les comptes-rendus d’échographie et l’ensemble des échanges écrits avec le vétérinaire.


La période d’essai

Une période d’essai est parfois prévue dans le cadre de l’achat d’un cheval. Elle permet à l’acheteur de vérifier que le cheval correspond à ses attentes avant de s’engager définitivement.

En l’absence d’écrit, les parties peuvent avoir des conceptions différentes de la période d’essai.


La Cour d’appel de Dijon en a donné une illustration : une propriétaire remet un cheval à une amie avec sa carte d’immatriculation et un certificat de vente signé le même jour, en prétendant avoir convenu verbalement d’une période d’essai d’un mois. Quelques semaines plus tard, elle tente de récupérer le cheval, estimant qu’il ne recevait pas de soins suffisants chez l’acheteuse. La cour rejette sa demande. La facture mentionnant la période d’essai n’est ni signée ni approuvée par l’acheteuse, et la signature apposée sur le certificat de vente dès le jour de la remise est incompatible avec l’existence d’une telle période. La cour rappelle en outre que la période d’essai, lorsqu’elle est stipulée, l’est toujours au bénéfice de l’acheteur (pour s’assurer de l’état sanitaire du cheval, de son aptitude à l’usage pour lequel il a été acheté et de son adaptation à son nouvel environnement) et non du vendeur (CA Dijon, 12 mai 2022, n° 21/00042).


Pendant l’essai, le détenteur est tenu d’obligations de garde et de soins.

Un éleveur confie sa jument à une exploitante de centre équestre pour une période d’essai d’un mois, en vue d’une vente. À l’issue du mois, la détentrice ne restitue pas l’animal. Cinq mois plus tard, la jument est victime d’un accident grave. La détentrice tarde à en informer le vendeur, minimise la gravité des blessures, refuse l’intervention chirurgicale préconisée par le vétérinaire pour lui préférer des soins moins onéreux, et ne souscrit jamais l’assurance pourtant prévue au contrat.

La détentrice soutient que ses obligations ont pris fin à l’expiration du mois convenu, et qu’elle n’est plus tenue que d’une obligation de restitution. La cour rejette cet argument. Faute de restitution de l’animal, le contrat a été tacitement reconduit, et ses obligations de garde et de soins demeurent entières. En sa qualité de détentrice, elle est tenue de veiller raisonnablement à la conservation de l’animal, de lui prodiguer les soins nécessaires, et d’informer le propriétaire de tout événement affectant sa santé. Elle est reconnue seule et entièrement responsable du dommage, et condamnée à 5 700 euros au titre de la perte de valeur de la jument, qui valait 6 000 euros à son arrivée et n’en valait plus que 300 à sa restitution (CA Paris, 11 mars 2021, n° 18/08961).


Le contrat d’essai doit préciser la durée de la période, le lieu d’hébergement, les conditions d’utilisation, la partie au bénéfice de laquelle la période est stipulée, les obligations de soins et d’assurance, et la prise en charge des frais en cas de renonciation ou d’accident.


Les déclarations verbales du vendeur

Un vendeur peut affirmer que son cheval n’a jamais été blessé, qu’il est parfaitement apte à la compétition, ou qu’il présente un caractère irréprochable. Ces déclarations n’ont aucune valeur juridique si elles ne sont pas reprises par écrit.


Obtenir par écrit les informations déterminantes comme les antécédents médicaux, interventions chirurgicales, résultats en compétition, aptitudes comportementales est la seule façon de les rendre opposables en cas de litige. C’est également le seul moyen de caractériser une réticence dolosive si ces informations s’avèrent fausses ou incomplètes : le dol suppose en effet la preuve que le vendeur a intentionnellement dissimulé une information déterminante, ce qui est plus difficile à établir en l’absence de tout écrit.


Réagir vite en cas de problème après l’achat

Dès que vous constatez un problème, chaque jour compte.

Faites constater le problème par écrit : consultation vétérinaire documentée, photos et vidéos datées, échanges écrits avec le vendeur. Ces éléments constituent le dossier sur lequel reposera toute action ultérieure.


Renseignez-vous sans attendre sur vos droits et les démarches à mettre en œuvre car les délais peuvent être très courts (10 jours pour la garantie des vices rédhibitoires).

 

Conclusion

Un contrat, une visite vétérinaire indépendante, une destination clairement stipulée, des documents vérifiés, et une réaction rapide si un problème survient. Ces précautions ne garantissent pas l’absence de désaccord, mais permettent d’être en mesure de le résoudre.


Elodie Kassem, avocate en droit équin

 

Questions fréquentes (FAQ)

La vente d’un cheval doit-elle obligatoirement faire l’objet d’un contrat écrit ?

Non. La vente est un contrat consensuel qui se forme par le seul accord des parties sur la chose et sur le prix. Mais sans écrit, la preuve de cet accord et de ses conditions devient difficile à rapporter devant un tribunal.


Qui doit choisir le vétérinaire pour la visite d’achat ?

L’acheteur doit mandater son propre vétérinaire, indépendant du vendeur. Un vétérinaire recommandé par le vendeur n’offre pas les mêmes garanties d’impartialité.

La période d’essai est-elle toujours au bénéfice de l’acheteur ?

En principe, oui. Elle ne confère pas au vendeur le droit de reprendre l’animal si la vente ne lui convient finalement plus.


Le vendeur particulier est-il soumis aux mêmes obligations que le professionnel ?

Non. Le vendeur professionnel est présumé, de manière irréfragable, connaître les défauts de l’animal qu’il vend et ne peut pas invoquer sa bonne foi pour s’exonérer. Le vendeur particulier ne supporte cette présomption que s’il est démontré qu’il avait effectivement connaissance du vice.


Que faire si le cheval présente un problème dès les premiers jours suivant l’achat ?

Faites constater le problème par un vétérinaire sans attendre et obtenez un rapport écrit daté. Notifiez le vendeur par lettre recommandée avec accusé de réception. Consultez rapidement un avocat en droit équin. Les délais pour agir varient selon le fondement juridique invoqué et peuvent être très courts.

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